DIX RENDEZ-VOUS ET UN PETIT DRAME, 2006-2007

DEMARCHE DU PROJET

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"This is made by my great-grandmother... she was a school teacher. She studied in seminar where you have to show that you are skilful at handicraft. Käspaikkas were made for all kind of occasions, they were very important in the old Karelian culture… originally it's a long towel… …for example… when somebody died you would hang the käspaikka out of window so that the person soul goes out… she was very strict orthodox person… she probably considered those habits not so orthodox. She did not speak Karelian language, she knew it but would only use very strict proper Finnish language. This is only half of the käspaikka… she had two sons … she wanted to be very strict and equal so she probably cut it… …my grandfather and his brother they were not in a very good relationship, I suppose he has the other half. This great-grandmother, she was born in a village that nowadays belongs to Russia …they had to leave in 1944… every little item is very important for us because no many have remain… they had to leave everything."

En 2006, dans le cadre d'une résidence des Pépinières Européennes pour Jeunes Artistes, j'ai réalisé une résidence de six mois au Jyväskylä Centre for Printmaking, en Finlande. Un des objectifs de ma résidence était de créer un projet nécessitant la participation des résidants de la communauté dans laquelle je me trouvais, et d'examiner leur mémoire personnelle. Dans mon travail antérieur, c'est par la vidéo et l'image que j'ai exploré les notions de mémoire et d'identité. Je me suis plus particulièrement intéressée à l'environnement de la maison et les objets qui nous entourent. Dans mon travail, l'espace de la maison devient souvent un lieu de projection de notre univers psychique. Elle est un espace où le monde intérieur et le monde extérieur se rencontrent; où le réel et l'imaginaire s'entrelacent et se confondent.

Au début de ma résidence, j'ai distribué une annonce invitant le public à participer à un projet artistique. J'ai demandé aux gens de me présenter un objet significatif dans leur histoire personnelle et de me raconter les souvenirs et les histoires y étant reliés. J'étais à la recherche d'objets portant des récits narratifs en lien avec l'histoire du pays, comme les objets passés d'une génération à l'autre. Les conversations lors des rencontres ont été enregistrées et ensuite utilisées pour développer une image. En échange de chaque récit, j'ai remis aux participants une copie de l'estampe réalisée.

Les objets nous racontent des histoires, c'est cet aspect narratif des objets que j'ai voulu explorer par le médium de l'estampe. Les vieux objets me fascinent, j'ai ce sentiment qu'ils portent une mémoire cristallisée qui s'entremêle à la mienne. Ils deviennent un théâtre pour la mémoire. Contrairement à l'information plus technique que les musées d'histoire nous livrent au sujet des objets, je souhaite ici créer une autre façon de les aborder et de les documenter. Également, ce projet m'a permis d'explorer le rôle que jouent les objets dans la construction de l'identité. Dans son ouvrage Comment l'esprit vient aux objets, le psychanalyste Serge Tisseron affirme : « (…) les objets dessinent autour de nous des cercles concentriques qui sont comme autant d'enveloppes et de protections emboîtées, allant du plus intime et du moins partageable au plus sociable et donc plus partageable. (…) Ces cercles d'objets constituent les enveloppes de l'identité de chacun. »

Les objets et les discussions m'ont permis d'entrer dans les mémoires intimes et le passé des participants. Ils m'ont également permis d'observer et d'interagir avec la culture finlandaise en révélant des histoires cachées. Dans les estampes, j'ai utilisé l'idée de l'objet comme un point de départ et j'ai développé des narrations s'inspirant des conversations. Mon intention était de présenter et indexer les objets d'une façon ludique et poétique. Dans la plupart des images, j'ai utilisé des photographies de moi-même, comme personnage principal des narrations, créant ainsi des autofictions dans lesquelles je m'approprie des fragments de la culture et du passé des gens. Chaque objet et chaque rencontre sont devenus un théâtre pour mon imaginaire, mon interprétation et mon expérience personnelle de la culture finlandaise. J'ai souhaité devenir le transmetteur et le continuateur des histoires, en créant des performances improvisées sur la surface du papier.







"It doesn't work anymore… I like the cover, horses. I was looking at it in a shop before my mother bought it to me for my 40 birthday. I was really fond of this when I saw it in the window… I saw it for several years. My father… he was a house keeper for the Swedish Christian Society … he died quite young, he was only 45. I was 14… my mother started to do the job after he died, the same job, so it was quite hard. Everything was by hand… the snow… we had no machine… and it was really strict at that time, the street had to be clean at 8h00 in the morning. Many time we had to go out in the night… I was helping my mother quite a lot. She had three jobs… she was almost working all the time."

Ce projet est accompagné d'une autre série d'estampes que j'ai également développée durant cette résidence. Principalement inspirée par mon expérience d'être culturellement isolé, cette série approfondie et explore aussi certains aspects du projet initial. Dans ce travail, intitulée « Little drama », j'ai souhaité jouer avec l'idée du drame en explorant la ligne et les liens entre le dramatique et le comique. J'ai voulu présenter des situations absurdes et drôles pour le spectateur, mais incertaines et inconfortables pour les personnages dans les images.